Votez humain

Le monde change. Vers le pire ? Le meilleur ? Un mix incertain entre les deux ? Je vote 3.

Axiome 1 : Les artistes ne servent à rien, heureusement. Axiome 2 : le point commun entre les artistes et les politiques, c’est qu’ils essayent d’inventer un monde meilleur. Axiome 3 : La différence: les artistes, eux, y parviennent.

J’ai 50 balais. J’ai été ado au moment du punk. « No Future » est signe d’espoir : le futur n’existe pas, il n’est que le produit volatile de nos actes, c’est Marty Mc Fly qui l’a dit. Quand je regarde les fictions d’aujourd’hui, de « M.Robot » à « Leftovers », de « Person of interest » aux « Revenants » je me dis que l’avenir est prometteur. Prometteur de quoi, je n’en sais fichtre rien. Mais prometteur, c’est déjà ça.

Les années 80 ont condamné le monde aux Gémonies. Les séries de ces années-là étaient à l’image des sept cercles de l’enfer : le même scénario type, décliné à l’infini par des tâcherons surpayés. Starsky & Hutch, Agence tous risques, et finalement le gouffre : Supercopter et K2000. Le degré zéro de la créativité, la rentabilisation maximale d’un storytelling qui a marché une fois, régurgité à l’infini. L’étape suivante, ce furent les suites. Lethal Weapon 1, 2, 3, 4. Die Hard, Predators, tutti quanti (J’ai adoré le 4 de Tutti Quanti).

Aujourd’hui, les scénaristes sont redevenus ce qu’ils n’auraient jamais du cessé d’être : des funambules. Renonçant une fois pour toute à délivrer un message, laissant flotter l’histoire au rythme de ses vents. Le grand maître de cette école est incontestablement Damon Lindenhof. Le papa de Lost. Le mec qui ne savait VRAIMENT pas ce qui se passerait à la fin de la série quand il a commencé à l’écrire.
J’explique cette pâmoison. Je viens de tenter une Detox. Une SérieDetox pour être précis. Pendant facile 6 mois, je n’ai rien regardé (bon, à part la saison 5 de Person of interest, mais c’est pas de la dépendance, c’est juste scientifique, vous ne pouvez pas comprendre, docteur). Il y a une semaine, je ne sais pas comment, j’en suis venu à regarder PAR ACCIDENT le premier épisode de Leftovers. (Si,docteur, c’était un accident. Je vous jure). Il m’a fallu facile 12 minutes. J’ai tenu bon jusqu’à 14 minutes. A 15 minutes tout pile, je commandais tous les épisodes des saisons 1 et 2, en VOSTFR parce que la dope, la vraie la bonne, c’est en angliche ou rien.

La force de ces scénaristes d’aujourd’hui ? Avoir compris que le plus étonnant élément de surprise d’une histoire, ce sont ses personnages. Les recettes favorites de Balzac ou Flaubert, tandis que ce gros con de bourgeois formolisé de Zola ne voyait dans les humains que des constantes sociales. Les gens sont étonnants. La plupart du temps, je reconnais, ils ont une aptitude à l’ennui et à la banalité hors norme. Mais placez un humain lambda dans une circonstance non lambda, et vous aller voir ce que vous allez voir.

Or, nous vivons une époque totalement parfaitement intégralement non lambda. Une époque où tout est possible, depuis le pire jusqu’au merveilleux. De E.T. à Predator. Alors, croyez-moi : les meilleurs séries de SF, aujourd’hui, sont celles qui ne reposent que sur le paramètre humain, dans toute sa folie. Accessoirement (ou non), ce sont aussi celles qui vous donnent envie de croire en l’avenir. Et surtout, de relever vos manches. Donc, aux prochaines élections, quelles qu’elles soient : votez humain.