Du théâtre de prévention face aux dangers d’internet

Voici près de dix ans que la compagnie yvelinoise Andromède s’engage, par du théâtre de prévention, à faire passer des messages essentiels. Des messages à destination des jeunes de plus en plus confrontés à des situations de harcèlement. Une action éducative dont l’objectif majeur est de libérer la parole. Immersion à Poissy.

En ce vendredi 3 mars, les giboulées de saison arrosent la ville. Il est tout juste 20h quand élèves et parents retrouvent un peu de chaleur dans le foyer du collège Jean Jaurès pour assister à la pièce intitulée « Internet attention au danger ». L’ancien leader socialiste n’aurait fait qu’encourager cette initiative si il avait connu le web. Jadis, c’était plutôt l’époque des journaux papiers. Cette époque où existait encore une presse libre et indépendante. C’est justement en toute indépendance qu’agit la compagnie Andromède en Ile-de-France et au-delà. Dans l’hexagone, Internet est utilisé par le grand public depuis 1994, mais n’a réellement connu un essor qu’à partir du milieu des années 2000. Son utilisation quotidienne s’est démocratisée dans tous les foyers de France et de Navarre. Mais ses dangers ne cessent d’augmenter. Comment sensibiliser les plus jeunes, de plus en plus adeptes des réseaux sociaux et autres applications sur smartphone ? Comment donner les clés aux parents ? Comment appréhender les bons et mauvais côtés de cette toile qui regorge de contenus en tout genre ? C’est tout l’enjeu de cette création portée sur scène par des lycéens inscrits aux cours de l’association Andromède. Le speech ? Alors qu’elle est occupée à chatter sur internet avec ses amis, Lucie fait la « rencontre » d’un internaute qui affirme la connaître. Une complicité se créé entre les deux personnes. Progressivement, l’adolescente devient accroc à cet inconnu et s’éloigne de ses proches… Grâce aux cours de leur professeur qui établit avec ses élèves des liens entre la tromperie dans la littérature et les dangers des rencontres sur Internet, l’entourage de Lucie prend petit à petit conscience de la menace qui l’entoure… « Notre action découle d’un constat simple : il est souvent difficile de tenir un discours de prévention, notamment auprès d’un jeune public, sans tomber dans le piège de la moralisation qui en annihile les effets, explique Ghislaine Bizot, auteur de la pièce et présidente de l’association. Le langage et le ton employés dans la pièce permettent d’approcher la réalité des échanges sur les réseaux sociaux. Notre propos est d’engager la réflexion, mais non de la mener. Notre présence ne sert que de déclencheur à la réflexion. Le fait d’aborder un sujet de prévention par une pièce de théâtre permet de concrétiser les idées, de mieux ressentir l’émotion et de s’identifier à un personnage. Cela permet de transmettre les messages de façon plus légère et plus efficace ».

Photos dégradantes, insultes et intimidation
Par un langage actuel et des attitudes qui correspondent à la réalité, les comédiens apportent une épaisseur et une crédibilité au propos. Une nouvelle approche donc. Un savoir-faire et un outil innovant qui semblent pertinents et efficaces. A l’issue de la représentation, la parole se libère. Familles, enfants et intervenants échangent. Avec des faits et statistiques dévoilés sous forme de diaporama pour illustrer le propos. Photos publiées sans accord, photos dégradantes, insultes, commentaires haineux, fausses identités, intimidation, captures d’écran, chantage, spams… Les exemples sont légion. Tous insistent sur l’importance de la communication. « Mieux vaut réagir pour rien que pas du tout. Même dans le doute, venez vous confier », affirme Edith Baudry, la principale du collège Jean-Jaurès. En effet, de Facebook à Snapchat en passant par Instagram ou Twitter, sans parler des multiples sites de rencontres, les réseaux sociaux peuvent devenir de redoutables outils de harcèlement. Camarades de classe et inconnus sont capables de devenir de véritables bourreaux. En France, 9% des élèves déclarent avoir déjà été la cible d’humiliations ou d’insultes via SMS ou Internet, selon une enquête nationale menée au printemps 2011 par l’Observatoire de la violence scolaire. L’importance du numérique dans la vie de nos jeunes laisse penser que le nombre de victimes continue d’augmenter. Le cyberharcèlement, aussi appelé cyberbullying (de bullying, « persécution » en anglais), touche majoritairement les adolescents. Les collégiens sont en effet en première ligne. Ces derniers accèdent subitement à ces nouvelles technologies et ne savent pas toujours les utiliser à bon escient. D’après une étude réalisée en 2012 par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), la moitié des 8-17 ans disposent d’un compte sur Facebook. En 2014, selon l’UNICEF cette fois, 12,5% des enfants français ont été victimes d’actes de cyber-violence ou de cyber-harcèlement. Plus récemment, en février, à l’occasion du Safer Internet Day, impulsé par la Commission européenne, Justine Atlan, présidente de l’association E-Enfance qui gère le numéro vert Net Écoute (0800 200 000) déclarait : « Deux à trois enfants par classe connaissent le harcèlement ou le cyber-harcèlement ». Ainsi, si Internet est un outil formidable, l’actualité et ses faits divers nous rappellent régulièrement au combien cet univers virtuel est dangereux. Une personne peut être ridiculisée en un rien de temps aux yeux d’une large communauté. Les parents se doivent d’être vigilants. Et les jeunes informés, sous peine de devenir des proies potentielles pour les nombreux prédateurs qui sévissent sur le net. Outre l’humiliation, d’autres menaces perdurent tels que l’hameçonnage ou encore le phishing. Des phénomènes qui s’amplifient, avec l’émergence des smartphones ultra connectés. C’est une chose d’aimer discuter et jouer en ligne. Cela en est une autre d’en connaître les limites. « Il faut réfléchir avant de publier quelque chose et ne pas parler à n’importe qui. L’anonymat n’existe pas sur internet, il faut faire très attention », insiste Ghislaine Bizot. Devant leurs écrans, les adolescents sont donc plus que jamais vulnérables. On semble le savoir. Et pourtant, c’est un tabou réel et persistant au sein même de nos établissements scolaires. La seule issue : s’informer et témoigner.

En savoir plus ?
www.theatredeprevention.com

Ligne d’urgence Net écoute : 0 800 200 000

Que faire face à une situation de cyber-harcèlement?
– Garder des preuves
– En parler à une personne de confiance
– Faire un signalement en ligne pour stopper la diffusion du contenu inapproprié (les réseaux sociaux proposent de signaler de manière anonyme un contenu ou un utilisateur abusif)
– Porter plainte si cela s’avère nécessaire (la loi du 4 août 2014 reconnait le harcèlement moral comme un délit, dont la manifestation via outils numériques est un élément aggravant).