De l’esprit Poulidor au succès du Vélodrome

Je suis de la « Génération Séville ». Ce match de légende qui a hanté les équipes de France de football et leurs supporters depuis plus de 30 ans. Il a finalement fallu revenir vers la Méditerranée pour rendre justice à la bande à Platoche. Cette victoire n’est pas une revanche, le temps a trop passé pour cela, les hommes en short ne sont plus les mêmes. Plutôt un poids qui s’envole. Une digestion difficile enfin passée. Mais dans le ton du billet de Florian publié hier, n’était-ce que du foot cette victoire ? Elle peut révéler d’autres choses. Ce matin, j’avoue être agacé de lire ou entendre des commentaires – surtout français – qui mettent en avant la chance (pourquoi pas la maladresse des attaquants allemands ?), les tirages au sort qui ont mis l’Islande sur notre chemin (pas plutôt l’envie inconsciente de l’Angleterre de sortir aussi de l’Euro ?), l’injustice (il n’y aurait donc pas penalty ?) ou le fait que les Allemands étaient meilleurs.

La victoire d’hier ne serait-elle donc pas une « belle » victoire ? Mais pourquoi faut-il donc toujours que nous Français fassions la fine bouche quand notre pays gagne ? Quelque soit le domaine, économique, sportif ou culturel, nous trouvons toujours à redire sur nos succès. Il est vrai que dans le monde réel, romantisme rime difficilement avec réalisme. Et nous sommes tout de même très romantiques. Le coeur français est un balancier qui penche toujours plus sur son côté Poulidor que sur son côté Anquetil. C’est à se demander si nous ne prenons pas plus de plaisir dans la frustration de la défaite que dans la joie de la victoire.

Un pays – quel que soit ce pays – c’est comme une équipe : il a parfois des faiblesses, il a aussi ses forces. Notre équipe et notre pays ont beaucoup de forces. Utilisons-les, mettons-les en avant pour gagner et surtout pour se donner un état d’esprit gagnant. L’herbe des terrains de foot ou des entreprises n’est pas forcément plus verte ailleurs.

En conclusion, je ne retiens qu’un seul commentaire de la presse allemande ce matin : « les Français ont gagné avec un réalisme allemand ». Rien que pour cela, ne boudons plus nos plaisirs lorsque notre pays, et pas seulement son équipe de foot, gagne.