Patko révèle les Maroons du Suriname

Après son premier album « Just Take it Easy », Patko est de retour avec « Maroon » où l’on retrouve ses inspirations caribéennes, sud américaines, africaines et européennes. Avec ce second opus, il rend hommage à ses ancêtres du Suriname et fait référence à sa propre identité. Entretien avec un chanteur sur le chemin de la sérénité.

 

Que signifie « Maroon » ?
Maroon, ce sont les esclaves qui ont fui pour habiter dans la forêt amazonienne. Ils étaient les esclaves rebelles. Depuis, ils vivent dans la foret amazonienne. Chez les maroon, il y a six tribus qui ont la particularité d’avoir conservé le même mode de vie qu’en Afrique. Ce sont exactement les mêmes coutumes. Je suis descendant de Maroon. Mes grands-parents vivaient toujours au village. On y allait en vacances ou en week-end. Je suis né à St Laurent du Maroni, à la frontière entre la Guyane Française et le Suriname. J’ai vécu au sein d’une communauté multiculturelle où cohabitent Maroons, Amérindiens, Hindous, Créoles, Brésiliens et Hmongs Laotiens.

Une guerre civile a éclaté au Suriname en 1986. Comment avez-vous vécu cette période ?
Le territoire était coupé en deux par une frontière qu’on a traversé pas mal de fois jusqu’à la guerre civile. On était obligé de rester du côté français. Nous étions bloqués. On ne pouvait pas aller voir les membres de la famille. Nous avons même eu des morts parmi eux. Des réfugiés du Suriname arrivaient jusqu’à nous. Un camp de réfugiés a vu le jour. Ma mère était alors aide-soignante dans l’infirmerie à côté du camp.

Aujourd’hui vous vivez à Grenoble. Pourquoi est-ce devenu essentiel dans votre parcours de faire référence à vos ancêtres ?
C’était essentiel car c’était une histoire méconnue. Pendant la seconde guerre mondiale, il y a aussi des Maroons qui ont combattu pour la France. Dans les livres d’histoire, on parle peu d’esclavage. C’est un peu tabou en Europe. Et pourtant ça fait partie de l’histoire. C’est bien que les jeunes prennent conscience de ça. Le but n’était pas de relever un débat compliqué. La première approche est de rendre hommage aux Maroons, qu’ils soient davantage connus, qu’il y ait des traces. Beaucoup de Maroons font partie de l’histoire de France. C’est important de rendre hommage aux anciens. Et dans leur histoire, on peut y voir pas mal de parallèles avec ce que l’on vit aujourd’hui avec l’actualité sur les réfugiés.

Depuis combien de temps avez-vous lancé ce projet ?
Depuis deux ans. Au bout d’un moment, je ne trouvais pas intéressant de refaire le même reggae. J’essaie d’être loin des clichés, et d’amener autre chose que ce reggae un peu fermé parfois. C’est surtout pour ouvrir, le « open minds » comme disent les Anglais. J’aime faire découvrir ma culture mais en étant moi-même, car j’ai aussi la culture européenne. C’est l’évolution d’un descendant de Maroon.

Et quels sont les premiers retours ? Ressentez-vous davantage d’intérêt pour votre culture ?
Oui je suis agréablement surpris. Surtout l’effet de la pochette. La photo a été prise dans mon village de Guyane. J’ai effectué un photo montage de mon portrait avec le village de mes parents derrière. J’avais 9 ans. Aujourd’hui les gens hallucinent qu’on ait autant conservé la culture africaine dans notre mode de vie. Beaucoup ont regardé des reportages sur les Maroons, ça suscite des choses positives. Aussi chez des personnes qui viennent directement d’Afrique. Le  but de cet album était aussi de relancer le débat sur l’appartenance, d’où on vient, nos mélanges. C’est souvent dans l’art qu’on ressent les influences de chacun.

Vous avez collaboré avec beaucoup d’artistes…
Souvent je parle de Rockin’ Squat (Assassin). C’est un artiste avec des textes dur. Il s’est toujours donné l’image du type inaccessible, du rappeur militant, car il n’aimait pas les caméras. Il a adhéré tout de suite à ma proposition. Nous avons une date ensemble le 14 novembre à Paris pour les réfugiés syriens. Le militantisme n’est pas agressif. Il peut être dans les mots. Il faut élever les consciences. Expliquer aux jeunes un certain nombre de choses qui ne sont pas toujours expliquées de la bonne manière. Heureux du featuring avec Danakil, des mecs qui traversent la France avec ce message d’unité. Il y a aussi Djely Kouyaté avec qui on part d’Amérique du Sud à l’Afrique, il y a vraiment ce pont. Elle me dit bienvenue, on est à la maison. Ce texte est assez fort et émouvant. Deux peuples séparés, comme des jumeaux qui se retrouvent à un moment. La langue a changé, mais les traits n’ont pas changé, la manière de vivre non plus. Nous avons vécu beaucoup d’émotions avec Djely.

Pensez-vous faire de la scène toute votre vie ?
Je suis à 100% dedans. Il y a des moments moins drôles car j’ai une famille. Mais je me vois faire cette activité le plus longtemps possible. Ce n’est pas sur que je reste toujours dans le même style, la base reggae en tout cas. Plus j’avance plus j’en sors. C’est l’évolution des choses. On ne sait pas où l’on sera demain mais j’espère continuer à faire de la musique.

Propos recueillis par Florian Dacheux
Photo Ninon Duret

Patko en concert :
– le 28 novembre à Salle La Palun- Buis les Baronnies (avec Sir Jean, LMK, Conquering Sound)
– le 5 décembre à La Vapeur – Dijon (avec Broussai)
– le 10 décembre sortie d’album avec musiciens au Drak Art – Grenoble
– le 12 décembre à Marseille (salle à venir)
– le 16 décembre à La Marquise – Lyon (avec Sir Jean, Conquering Sound)
– le 29 janvier au Mistral Palace – Valence
– le 5 mars au Spring Reggae Fest – Le Mans (avec Conquering Sound)

Plus d’infos ?
http://www.patkomusic.com/