Mise en abîme sur une mise en abîme

C’est une BD. C’est un documentaire. C’est passionnant.

C’est écrit par un des meilleurs journalistes d’investigation français, Benoit Collombat, fin connaisseur des arcanes de la 5e république. Et dessiné par Etienne Davodeau, l’un de ces auteurs de BD qui ancre son travail dans la plus audacieuse des fictions : la vraie vie des vrais gens.

Ca parle de la France à l’époque d’un général à plusieurs étoiles et à deux églises. Ca parle aussi, en écho, de la France de 2015, héritière de cette France-là.

Ca parle d’un juge, le juge François Renaud, qui a tenté au prix de sa vie de s’attaquer aux liens entre le SAC (Service d’action civique) et la droite de l’époque. Ca parle aussi de la tuerie d’Auriol, de Charles Pasqua, de Gilbert Collard, mais aussi de gens étonnants, comme François Colcombet, l’un des fondateurs du Syndicat de la magistrature.

C’est une mise en abîme, puisque ce sont un journaliste et un dessinateur de BD qui racontent l’histoire d’un journaliste et d’un dessinateur de BD qui mènent l’enquête. Et c’est une mise en abîme sur une mise en abîme, puisque ça raconte comment des types qui ont sauvé la France du fascisme et de l’oppression nazie, ont aussi eu de drôles de manières d’agir, et de drôles de copinages.

C’est un livre formidable. Ca s’appelle « Cher pays de mon enfance », c’est publié chez Futuropolis, dans la collection « Regard(s) sur le monde ». Ca ne coûte vraiment pas cher du tout vu comment ça te rend un peu moins con que quand tu t’es levé ce matin.