Luchini, c’est énooorme !

Etonnant. Comme ces gens qui agacent et qui, dans le même temps, captivent. En 1979, François Chalais disait de Fabrice Luchini dans « la Dame aux Camélias » qu’il ressemblait à Serge Lama. Je ne serais pas surpris – mais ça n’engage que moi – que l’éminent critique amoureux de cinéma était lui aussi à la fois agacé et captivé. Peut-être parce qu’ils avaient Céline en commun. L’un à cause d’un passé douteux, l’autre par amour des mots et de la littérature.

Enorme. Comme le parcours de cet enfant de la Goutte d’Or, « nul » à l’école, que sa mère place dès l’âge de 13 ans comme garçon coiffeur dans les beaux quartiers. Il y croisera des grands noms qui le trouveront assez fascinant pour en faire un acteur. Philippe Labro fut le premier à repérer ce noctambule sur une piste de danse. D’autres rencontres, littéraires, façonneront l’homme, en premier lieu celle de Roland Barthes.

Etonnant. Comme l’amour de ce jeune immigré italien pour James Brown et Louis-Ferdinand Céline. Difficile de trouver deux mondes aussi opposés. Peut-être pas finalement… C’est l’homme qui veut cela. Qui écoute aussi bien du Bach que du Fado ou du Cabrel. Qui est fan d’élistisme dit intellectuel comme des émissions TV populaires. Il n’y avait qu’à le voir sur les plateaux de La Grande Librairie ou de Vivement Dimanche. Différent, mais aussi à l’aise face à François Busnel que face à Michel Drucker. Un bon client pour les médias comme on dit.

Enorme. Comme la gouaille de cet autodidacte qui manie les mots de Molière aussi bien que les expressions plus désuètes. Franchement, qui dit encore aujourd’hui « j’ai la gaule » quand il aime un film, un livre ou juste un instant de la vie ? C’est tout le charme de cet acteur que j’ai adoré chez François Ozon, dans un rôle de prof de français qu’on appelle rôle de composition. Pourquoi de composition d’ailleurs ? Je dirais plutôt un rôle naturel, qui lui allait mieux qu’un gant de soie à une main de pianiste. Tous les lycéens devraient rêver un prof de français comme lui. Quoique celui-ci était un tantinet manipulateur quand même…

Etonnant. Comme quand il improvise la lecture de deux pages d’un livre sur un plateau de TV. Instantanément, on l’écouterait des heures. Son côté captivant, celui qui aimante quand il anime les mots. Pourtant je ne me considère pas comme quelqu’un fan des prises de têtes intellectuelles. Mais avec Luchini, tout est jeu, jeux de mots ! Alors, forcément, je craque, je suis scotché. Ce petit immigré italien facétieux est devenu avec bonheur l’un des plus grands défenseurs de la littérature française et des livres.

Monsieur Luchini, comme le dit le titre de cet article, vous êtes énooooorme !

A lire : « Comédie française – Ça a débuté comme ça » – éditions Flammarion – 2016
A voir : « Dans la maison » et « l’Hermine », double sélection totalement subjective, je sais…