Le progressif ? Demain, j’arrête

J’ai craqué. Ca faisait facile 30 ans que j’avais arrêté, après m’être une fois de trop endormi en écoutant un live d’ELP. L’arrivée du CD m’avait permis de mettre au rencart tout mes vieux vinyls et mes cassettes à la bande magnétique devenue quasi transparente à force d’avoir été écoutées.
Mais voila, le problème avec la drogue, c’est qu’il faut couper les ponts avec les autres drogués. Et moi, je suis resté pote avec Mimi. Avec qui j’écoutais toutes ces horreurs il y a 30 ans : Brand X, UK, King Crimson, Saga, Emerson Lake Palmer, Kansas…
Et Mimi, il y a peu, m’a fait écouté Flying Colors. Au départ, je faisais pas gaffe. Persuadé que j’avais décroché du progressif une fois pour toutes, que j’étais vacciné aux Clash, aux Chemical Brothers et à Atomic Bitchwatch. Sur que je ne risquais rien à écouter un petit morceau comme ça en passant. Le problème, c’est que Flying Colors, c’est pas le genre de truc à te laisser indifférent.
Déjà, rien que le line-up : Neal Morse, de Transatlantic, aux claviers et à la voix. Steve Morse, de Deep Purple et de Dixie Dregs à la gratte. Déjà rien que ça, ça fait peur. Mais si en plus je vous dis que la section rythmique, c’est Mike Portnoy (ex cogneur de Dream Theater) et Dave LaRue (bassiste du Steve Morse Band), là, vous commencez à comprendre l’ampleur du problème. Car ces deux joyeux bûcherons là sont du genre à vous transformer un sequoia en cathédrale en allumettes en deux secondes trois dixième, et sans forcer.
Ensuite, il y a surtout la miouz que joue ces gars là, avec leur cinquième larron, Casey Mc Pherson aux claviers. Oui, ils jouent comme des dieux, mais pourtant, ils n’en font pas des tonnes. C’est pas de la frime, c’est juste.. brillant, éblouissant, d’une virtuosité potache, qui ne s’étale pas, mais s’envole sans cesse. Et puis surtout, et c’est là la différence avec la partie la plus chiante du progressif d’il y a 30 ans de là, ça reste du foutu bordel de rock’n’roll a grosses couilles, teigneux et vicelard, qui vient te chercher pour la baston en te toisant du regard.
Et me voilà donc en train de me fixer à nouveau, écoutant les titres du premier album de ce vrai « super groupe », avec ce mélange unique de ravissement et de sidération que seul procure le vrai bon rock progressif. Bon : demain, j’arrête (pas)