Et si la France perdait…

L’équipe de France de football est opposée ce soir à l’Allemagne en demi-finales de l’Euro. Les fans seront des millions devant leurs écrans de télévision. Mais une victoire ferait-elle un si grand bien ?

Cela ne va pas plaire à tout le monde. Mais nous sommes en droit de nous poser des questions. Souvenez-vous juillet 1998. Zidane and co remportent la Coupe du Monde organisée en France. Le pays entier se prend à rêver, le marketing du « black-blanc-beur » fait son effet et tous nos vieux démons sont mis à la poubelle. C’est l’euphorie d’une fête éphémère. Utopique. C’était se voiler la face. Le début des années 2000 marque l’hégémonie de Jean-Marie Le Pen, la fin d’un mouvement hip-hop engagé dont les groupes phares tels que NTM ou IAM se retrouvent de moins en moins sur les scènes de l’hexagone, au bénéfice des vainqueurs d’émissions de télé-réalité, cette grande soupe populaire servie en prime time, juste derrière notre journal télévisé des faits divers. Les grèves s’enchaînent, des étudiants à la fonction publique.
Dix-huit ans plus tard, la France est profondément raciste et personne n’ose le dire. Il n’y a pas que le FN. Il y a des comportements, des non-dits, des sous-entendus qui prouvent au combien notre société va mal. Alors, oui, osons avouer qu’une défaite des Bleus serait bienvenue. Une victoire finale donnerait l’occasion aux médias de masse de jouer le jeu du gouvernement en publiant du cache-misère jusqu’à la rentrée. La vérité est ailleurs. Le sport, et notamment le football, a pourtant cette capacité à nous rassembler, à nous donner des émotions et beaucoup de joie. Mais pourquoi nos sportifs ne prennent pas la parole ? Pourquoi n’osent-ils pas dire tout haut qu’ils vivent le racisme depuis tout petits, au coeur d’une France reine en matière de discriminations dans de nombreux secteurs d’activité. Non, on préfère ne rien dire et laisser nos politiques faire leur petit beurre. Ils se sont connus sur les bancs de l’ENA et de gauche à droite on s’accommode très bien du système actuel qui déclenche d’innombrables inégalités en matière de travail, logement, salaire, etc.
Le 10 juillet à Saint-Denis, une finale se jouera. Cinq jours plus tard, au même endroit, l’Américaine Beyonce dégainera sa révolution, entourée de danseuses en bérets noirs et poings levés, à l’image des membres des Black Panthers, mouvement radical noir de lutte pour les droits civiques. On y verrait bien les pas de danses de Paul Pogba, connu pour célébrer ses buts par une petite chorégraphie. On aurait surtout besoin que Paul ou d’autres se servent de leur aura pour mettre fin à l’hypocrisie française.