Etoile fripouille (reset StarWars)

Le réalisateur britannique Gareth Edwards vient de réaliser un spin-off de Star Wars qui vaut le détour, en débarrassant la franchise de ses bons sentiments à deux balles.

J’ai découvert Gareth Edwards avec ce film prémonitoire, « Monsters », l’histoire d’un couple improbable voulant traverser à pied le no mans land entre la frontière américaine – et le mur qui la délimite si vous voyez qu’est-ce que je veux dire – et la frontière mexicaine, une zone de 50 kilomètres implantée en plein territoire mexicain, ou des extra-terrestres- pardon, je voulais dire des aliens…- ont atterris depuis déjà quelques années. Un film indépendant d’une puissance rare, une série de direct du droit sur le concept étroit de frontière, avec ce qu’il implique d’impuissance, de peur et de méfiance de l’autre – et sur son inefficacité fondamentale.
J’ai ensuite visionné son second film, une nouvelle narration de Godzilla, revenant aux origines de ce mythe d’aujourd’hui, inventé dans un Japon post-moderne marqué au fer rouge par la bombe atomique. Un blockbuster sous acide, un « rockbuster » en quelque sorte. Le film d’un mec qui connait tout les trucs, qui les prend, les retourne au service de ses idées, de son projet, de son message, de sa colère. Un de ces films qui parle autant à ceux et celles qui ne veulent pas perdre de temps à utiliser leur cerveau qu’à ceux et celles qui ont la folle prétention de continuer à réfléchir par eux-même, hors des troupeaux militants.

Voulez-vous redémarrer Star Wars ? (Oui/Non)
Alors, quand j’ai découvert que Gareth Edwards allait tourner un spin-off de Star Wars, je dois avouer que j’ai eu un doute. Et j’ai eu tort de douter. Car Gareth Edwards n’a pas seulement tourné un spin-off de Star Wars : Gareth Edwards a ré-initialisé Star Wars.
J’ai vu le premier – celui qui est en fait le 4e, si vous voyez ce que je veux dire – en 1977, à sa sortie. Ca a été un choc, comme le furent également Alien, Taxi Driver, ou Rencontre du 3e type. Mes premiers émois de cinéma. Mais pourtant, une chose m’emmerdait profondément dans Stars Wars : l’influence visible du boyscoutisme sur l’Oncle Georges. Luc Skywalker était littéralement étouffant de gentillesse. Les gentils étaient tous frères, ils s’aimaient tous et à la fin ils se retrouvaient autour d’un grand feu de joie – et je soupçonnes Hughes Auffray d’arriver une fois les caméras arrêtées pour chanter « Santiano » . Leïa était la version avec casque de la bonne sœur – dans toutes les acceptations du terme. Même Chewbacca ressemblait plus à un nounours qu’à une créature extraterrestre. Les seuls personnages a peu près crédibles étaient Han Solo – et surtout, Darth Vador.

Héros salauds
Et c’est là que je dis qu’Edwards a réinitialisé Star Wars, avec cette histoire qui se place entre les épisodes 3 et 4, racontant comment l’Alliance rebelle a réussi à obtenir les plans qui permettront au Boy Scout Skywalker d’envoyer chier l’Etoile Noire durant l’épisode 4. Car ces personnages sont tout, sauf des boys scouts. Ils sont complexes, paradoxaux. L’héroïne (car comme JJ Abrams dans l’épisode 7, Edwards place une nana et non un mec au centre du jeu) a autant de mépris pour l’Empire que pour la Rebellion. Elle est égoïste et teigneuse, deux qualités qui font d’elle une héroïne idéale. Son allié, un capitaine Rebelle, est un cynique qui n’hésite pas à tirer sur son camp ou ses alliés quand ils mettent ses projets en danger, et un homme libre qui n’hésites pas à remettre en cause les ordres reçus d’une hiérarchie de lâches.
Y’a même un punk, dans ce Stars Wars reset : Saw Guerrera, ce personnage qui mène sa guérilla contre l’Empire, tout en envoyant chier les rebelles. Ce grand guerrier sous assistance respiratoire, qui a sauvé l’héroïne, puis l’a abandonné. Lui, les scouts, il les bouffe au petit déjeuner. Le brave homme…

Le monde tel qu’il est
Mais surtout, à la fin de ce spin-off de Star Wars, y’a pas de feu de joie, d’autocongratulations,ou de frères combattants qui se retrouvent et qui se tombent dans les bras en dansant avec des nounours. Car les héros meurent, à la fin de ce Star Wars là (oui bon d’accord je spoile à donf). Comme tout ceux et celles qui, dans la vraie vie, font changer le monde, et sont détruits eux-même par le changement qu’ils ont provoqué.
Gareth Edwards la joue transparente, en plus. Car son titre annonce la couleur : « Rogue One : a star wars story ». Rogue, ça veut dire fripouille, voyou, escroc de bas étage. Le contraire d’une star. Car dans la vraie vie, les changements, les révolutions, la rébellion contre les pouvoirs malveillants ne sont jamais le fait des stars, mais des fripouilles. Ceux et celles qui savent que le monde n’est pas noir OU blanc, mais noir ET blanc. « Rogue One », c’est le 1er Star Wars qui regarde le monde tel qu’il est – et pas tel que le réalisateur voudrait qu’il soit.