L’esprit et les larmes

Renaud Lavillenie a été battu à la régulière aux JO de Rio. Par plus fort que lui sur ce concours. Il ne le conteste pas. Au contraire, amoureux de son sport et de sa discipline, il a gouté les rebondissements de ce concours et les hauteurs auxquelles le dénouement s’est joué. Mais on peut comprendre ses attitudes de dégoût pendant le concours, ses larmes de dépit sur le podium. Il n’a pas été le seul à avoir été hué sur le stade : l’Américain et le Polonais, tant qu’ils étaient potentiellement médaillables face au brésilien ont été sifflés lors de leurs tentatives. Jusqu’aux ovations de leurs échecs… Quand on sait quels efforts sont nécessaires au quotidien pour réussir à atteindre l’excellence du haut niveau en sport, il y a de quoi être touché.

Il y eut un précédent célèbre. En cet été 1980, aux JO de Moscou, Wladislaw Kozakiewicz, le Polonais, hué par un public bien orchestré, gagne la médaille d’or, bat le record du monde devant le Russe Volkov, et adresse au public un bras d’honneur qui sera qualifié de spasme musculaire par le gouvernement polonais de l’époque face aux demandes d’excuses officielles du grand frère russe. J’oubliais de préciser : c’était un concours de saut à la perche… L’été 1980, celui qui a été celui du début de la fin pour l’URSS, celui de la révolte des chantiers navals de Gdansk en Pologne.

A priori, rien de tout cela cette année. Même si la situation socio politique du Brésil est bien occultée, et seul l’avenir nous dira ce que les JO ont apporté ou couté au pays. On s’aperçoit juste que le public brésilien ne semble être connaisseur que de deux sports : le football et le volley-ball. Les cadreurs de la télévision font tous les efforts possibles, mais ils ont du mal à cacher les travées vides dans les arènes sportives. Les opérateurs son ont du mal à occulter les sifflets des spectateurs à l’encontre des sportifs qui ont battu des brésiliens, même à l’escrime ou au judo.

Le stade où se déroule les épreuves d’athlétisme est désespérant à voir. Quand on aime ce sport, on ne vient pas voir juste une course ou un concours, on va vivre une journée d’athlétisme. On vient encourager les athlètes, évidemment avec un supplément d’âme pour celui de son pays, mais avec respect pour les adversaires. Eric Emmanuel Schmitt définit bien la différence entre le patriotisme et le chauvinisme : « le patriotisme consiste en l’amour des siens, le chauvinisme en la détestation des autres. Le premier est amour, le second n’est que haine. »

Des arènes vides ? Un esprit olympique absent ? Peut-être que si les sites avaient été ouverts aux habitants des favelas, à ceux qui savent tous les vrais efforts qu’il faut faire au quotidien pour vivre et survivre, l’esprit olympique y aurait gagné, les sifflets et huées auraient été couverts par les cris d’encouragements et les applaudissements. Les larmes auraient alors été seulement d’émotion.