Des miss monochromes ?

« Depuis que je suis arrivée, je me demande ce que je fous là », confie Zem-Zem Bizot, 21 ans, recrutée via son profil facebook pour participer à l’élection Miss Petite de France. Il est 18h le soir du 30 janvier dernier quand cette déesse née à Brazzaville débarque au Théâtre faussement scintillant du Passage Vers Les Etoiles, situé au bout d’une impasse dans le 11e arrondissement de Paris. A son bord, le Comité Miss National, outsider méconnu de Miss France. Très vite, l’organisation laisse à désirer. « J’auras pu ramener n’importe quelle amie qui mesure moins d’1m70, elle serait rentrée », poursuit Zem-Zem. Sans en effet la moindre vérification d’inscription, les candidates déboulent dans l’arène après plus d’une heure d’attente. En cause, un contôle de sécurité minutieux voire pompeux effectué par un seul homme qui fouille inlassablement participantes, maquilleuses, invités, spectacteurs. Une fois ce vigil pirate passé, toutes découvrent des loges bien trop petites pour s’apprêter avant le grand saut. Faute de place, c’est la débrouille. Zem-Zem confirme : « Je n’ai pas pu atteindre les loges. Je me suis changé et préparé dans les toilettes malgré les cinq maquilleuses à disposition ». C’est peu après 21h que les 83 miss passent au crible du jury, où l’on apprend que le fils de Sheila a trouvé du boulot.
Vulgarité en strass
Premier passage en robes de soirée. Second en maillots de bain. Toutes se toisent ou sourient sans guère de sincérité, pendant que le présentateur se trompe dans ses fiches ou encore se plaint d’une erreur de bande son lancée au mauvais moment. Grandiose. « J’aurais pu ne pas me raser les poils sous les bras, ça aurait fait plus d’originalité. On nous a dit que nous étions obligés de sourire. A l’intérieur, c’est Bagdad, ça se pousse. Tu as l’impression que c’est le soir de leur vie. Moi j’ai été gentille. J’ai donné un tampon, j’ai aidé à remettre une robe. Même pas elles me disent merci. Et alors quand j’ai entendu la musique, je me suis dit : c’est ta dernière chance, tu peux encore partir ». Des filles en majorité en robes à paillettes à strass et taillons aiguilles. Bien loin de l’élégance qui peut jaillir d’une femme. C’est pourtant celles qui accrocheront les premières places. Un rien sarcastique, Zem-Zem rit jaune. Et dit vrai. « Ce qui est désolant c’est qu’il n’y ait pas de femmes de couleurs (5 sur 83) dans les finalistes. Je me sens humiliée. Encore une fois, le pays dans lequel je vis me dit sans aucune gêne ni aucun remord que les femmes de couleur ne sont pas jolies. J’ai jamais vu autant de vulgarité dans si peu d’espace. Un jour j’organiserai mon propre concours où l’on sélectionnera les filles dans la rue pour leur style et qui défileront dans leur look de tous les jours ». Un concept très urbain qu’on lui souhaite de réaliser.